On m’a volé mon enfance: Un livre poignant Print
Written by Patricia Turnier   
Monday, 02 November 2026 00:00

On m'a volé mon enfance de Diaryatou Bah - Livre - Decitre

L’auteure a été mariée à 13 ans à un homme polygame ayant presque trois fois son âge.  Elle est arrivée en Europe suite à cette union.  Elle était analphabète et ne parlait pas la langue de son pays d’accueil aux Pays-Bas.  Autrement dit, elle était démunie et vulnérable.  On découvre dans sa narration ses premières impressions quand elle est arrivée en Hollande durant son adolescence.

Quand elle a fait le choix de renoncer à son union maritale, elle était prête à se retrouver à la rue s’il le fallait. Le fait de ne pas avoir eu d’enfant avec lui a facilité les choses et cela lui a permis de se sentir moins piégée dans cette relation toxique.  Pour l’autrice, sa liberté n’avait pas de prix. Il lui est finalement, malheureusement, arrivé de se retrouver à la rue après avoir laissé son mari.  Cette situation n’a fort heureusement pas duré et elle a eu de la chance de ne pas avoir été agressée.  Il importe de noter que ce n’est qu’une infime minorité de sans-abri qui arrive à quitter l’itinérance.  L’autrice a fait part, dans son autobiographie, de sa réalité vécue dans les centres pour femmes en France après avoir quitté son époux.
 
Lorsque l’autrice était tombée sous les griffes de son époux, le témoignage d’une Marocaine à la télévision ayant subi de la violence conjugale et qui a été capable de fuir son conjoint, lui a donné le courage de s’en sortir.  Son autobiographie inspirante peut donner la force à d’autres de s’extirper de situations insoutenables ou difficiles. Cette autobiographie a été rédigée en 2006; toutefois, la violence conjugale demeure un sujet d’actualité dans notre société.  Souvent les gens qui rabaissent les autres, qui les dénigrent, qui sont violents verbalement et/ou physiquement se sentent inférieurs et ont tendance à faire beaucoup de projection.  Dans le cas de l’ex-époux de l’autrice, il a perçu qu’elle irait loin dans la vie et a tenté de la détruire, mais il n’a pas réussi.  Il a sciemment cherché une femme beaucoup plus jeune que lui afin d’exercer sur elle sa domination masculine.  Il n’éprouvait aucun respect pour son humanité, il cherchait pluôt à la chosifier.
 
Plusieurs thèmes sont traités dans l’ouvrage:  la domination patriarcale incluant le mariage précoce et forcé, l’excision et la misogynie.  On y traite également des différences culturelles Nord-Sud, du poids des traditions et ainsi de suite.  Son ex-époux exploitait financièrement les gens de sa communauté.  La manipulation subie dans le couple et les différents cycles liés à la violence conjugale (comme la période de lune de miel) sont évoqués dans l’ouvrage.  Vu qu’elle n’avait pas ses papiers en Europe, et ce, durant des années, elle était à la merci de son mari.  Elle était donc dans une situation très précaire et ne pouvait aisément prendre la décision de le quitter.  En sus, son analphabétisme la handicapait.  Elle ne connaissait pas ses droits et son conjoint pouvait lui raconter n’importe quoi.    Son isolement à l’étranger ne l’aidait pas non plus.  L’autrice était également tiraillée entre ses propres choix et la pression familiale ainsi que culturelle.  Son ex-époux exerçait un contrôle total sur elle.  À titre d’exemple, il lui interdisait l’utilisation de la contraception, même si cela pouvait mettre sa santé à risque à cause de ses fausses couches.  Il était dans la toute-puissance.  Il lui est même arrivé d’accoucher d’un bébé mort-né à l’adolescence.  Elle a vécu plein de traumatismes à un âge précoce.  Dans une des entrevues ci-dessous, elle raconte que l’accouchement d’un bébé mort-né l’a tellement affectée qu’elle pesait 140 kilos.  Les fausses couches l’ont donc fragilisée physiquement et mentalement.
 
Ainsi, on découvre ses expériences de vie aux Pays-Bas et en France.  Elle fait part, notamment, de ses impressions, réactions et observations.  On perçoit les attentes qu’elle avait avant son départ de la Guinée et la réalité vécue en Europe.  Différents visages de l’Europe sont exposés dans le bouquin, qui n’ont rien à voir avec ce qui est présenté, par exemple dans les séries télévisées concernant les conditions des immigrants.  Tel qu’indiqué, l’auteure a été sans-papiers pendant des années en Europe, ce qui l’a mise dans une situation très difficile sur le plan personnel, extrajudiciaire et légal.
 
L’autrice est une femme active qui fonce.  Elle est dotée d’une grande maturité.  Elle va de l’avant malgré ses difficultés.  Sa foi musulmane lui a donné la force de s’en sortir, elle a aussi eu foi en la vie malgré tout.  Elle a décidé d’être actrice de son destin.  Son histoire fascinante pourrait être adaptée au cinéma.  L’auteure est une femme battante qui refuse la fatalité.  Madame Bah était une fille qui faisait ce qu’on lui imposait pour devenir une femme possèdant une identité bien affirmée, tout en menant sa vie comme elle l’entend.  Il serait fort intéressant qu’il y ait une suite à ce livre, où l’autrice traiterait de sa vie de mère, de son expérience en politique, de ses luttes via son association, et ainsi de suite.  Par ailleurs, elle a exprimé dans cette entrevue https://www.youtube.com/watch?v=2GVYJMSHp20 (disponible ci-dessous) qu’elle souhaite écrire un autre ouvrage.
 
La façon dont l’autrice exprime son ressenti dans son livre est réellement touchante et n’est pas présentée de manière superficielle.  On saisit la profondeur et la complexité de sa vie.   Elle partage ses souffrances et ses sentiments contradictoires envers son mari violent et polygame. Elle n’est pas aigrie ni amère.  Elle a réussi à faire la paix avec son passé.  Elle a eu le courage d’affronter son conjoint quand elle a pris la décision de le quitter.  Elle a fait le choix de ne pas partir durant son absence.  Elle a été chanceuse, car, souvent, les femmes battues sont plus en danger après avoir laissé leurs conjoints.
 
En résumé, madame Bah est une activiste franco-guinéenne née en 1985.  Le père de l’autrice a 4 épouses et 32 enfants.  Sa grand-mère l’a élevée durant les premières années de sa vie.  Elle a subi l’excision à huit ans et un mariage forcé par procuration à 13 ans.  Après avoir fui son époux violent et s’être reconstruite, elle a créé l’association Espoirs et Combats des femmes, visant la lutte contre l’excision et les violences.  Elle est aussi la présidente de l’association Excision Parlons en! ainsi que membre du collectif Nous toutes.  En 2018, l’autrice a reçu le prix du courage « Elles de France » et en 2022 le titre de Chevalière de l’Ordre national du Mérite.  Elle est devenue mère et, sur le plan professionnel, elle occupe la fonction de conseillère municipale à Romainville.  Elle a ainsi suivi les traces de son père, qui a fait de la politique en Guinée.
 
Somme toute, divers sujets sont traités dans le l’autobiograpjoe:  la violence conjugale y compris au niveau sexuel, l’analphabétisme, l’excision, l’immigration, l’objectivation de la femme, les manipulations patriarcales, deux fausses couches durant l’adolescence, etc.  Tôt, dans la vie, l’autrice a été mise à rude épreuve, mais elle a su surmonter ses difficultés notamment grâce à sa foi musulmane, son optimisme hors du commun et à sa résilience.  En sus, quand elle a pris la décision de quitter son mari violent, elle a eu la chance de tomber sur les bonnes personnes qui l’ont soutenue.  Elle a aussi nommé, entre autres, dans son ouvrage les ressources qui l’ont aidée.  Son histoire a été narrée dignement, avec pudeur.  On ne perçoit pas de ressentiment, de cynisme ni de règlement de compte.  Malgré le calvaire vécu, elle a su retrouver une paix intérieure après avoir cheminé.  Elle a donc fait un travail sur elle-même tout en ayant effectué une démarche thérapeutique.  Son livre a le pouvoir de donner de la force et du courage aux gens qui ont le sentiment de se retrouver dans une situation sans issue, qui subissent de la violence et ainsi de suite comme cela est arrivé pour l’auteure grâce au témoignage de la Maghrébine vue à la télévision.  On m’a volé mon enfance a très bien été accueilli par le public, il a même été traduit en allemand.  Il devrait être traduit dans plusieurs autres langues, y compris le peul (langue africaine principale parlée en Guinée).  En outre, il serait intéressant que l’autrice fasse une version audio de son autobiographie, car cela s’avérerait utile à ceux qui n’ont pas accès à l’instruction comme cela a été le cas pour elle.  Tel que mentionné ci-dessus, l’autrice a l’intention d’écrire un autre livre et on l’attend avec impatience.
 

 On m'a volé mon enfance de Diaryatou Bah - Livre - Decitre

Le livre est disponible sur www.amazon.ca  .fr et www.fnac.com  
Le compte FB de l’autrice https://www.facebook.com/diaryatoub/