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Infolettre
| Critique du livre Le Triangle et l'Hexagone |
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| Written by Patricia Turnier |
| Wednesday, 11 February 2026 14:46 |
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Le titre du livre est évocateur. L’ouvrage a été publié durant le Mois de l’Histoire des Noirs, ce qui est significatif. Dr Soumahoro offre, entre autres, une analyse brillante de ce qu’a représenté pour elle l’apprentissage de la langue française en tant que femme d’origine ivoirienne. Elle explique la dichotomie que cela a provoquée et les charges émotionnelles entre la langue de Molière et la langue maternelle le dioula. Cet ouvrage est un essai personnel et psychosociologique qui ne se prétend pas objectif, sachant que les sciences humaines ne représentent pas des connaissances exactes. Le je qu’elle emploie peut peindre la réalité de bien des gens. En d’autres mots, l’utilisation du pronom personnel n’est pas seulement de l’ordre individuel. L’auteure a dit aux médias qu’elle ne faisait pas de ramification entre la subjectivité, l’objectivité, la neutralité, la rationalité, etc. Elle crée une fusion entre sa formation de sociologue et de poète dans son écriture. Elle n’adopte pas non plus une vision binaire, ce qui n’est pas possible pour analyser des questions complexes reliées aux difficultés raciales. Nul besoin de rappeler que le racisme est un problème irrationnel. On constate dans les écrits de l’autrice une analyse intelligente et lucide sur les causes identitaires. En sus, l’auteure a baigné dans diverses cultures et elle se définit, entre autres comme une transfuge de classe.
Dr Soumahoro relate son parcours et évolution en Côte d’Ivoire, en France ainsi qu’aux États-Unis, tout en narrant son réveil en Amérique concernant le panafricanisme, etc. Toutes ces expériences l’ont forgée, jalonnent sa trajectoire et s’imprègnent dans son écriture. L’autrice participe au changement de la narration trop souvent présentée de manière homogène et étriquée, dénuée de nuance en ce qui a trait à la représentativité des Noirs.
En faisant entre autres usage de la perspective sociologique et sans posture victimaire ni afro-pessimiste, l’auteure narre aussi les traitements différenciés vécus en France et aux États-Unis. Elle traite des occasions favorables qui se sont présentées en Amérique, le classisme de certains médias et institutions, les tentatives de silenciation, de dénégation et d’invisibilité (en mettant par exemple sous le tapis différents types d’oppression) et les autres obstacles comme les iniquités subies ainsi que les rapports de force rencontrés lors de ses études doctorales en ce qui a trait à la dimension socio-économique, l’orientation, les luttes contre l’hégémonie culturelle (laissant peu de place à d’autres regards1) et le choix du sujet de sa thèse, et ainsi de suite. L’autrice a une nette compréhension des différents enjeux tels que l’intersectionnalité, les plafonds de verre et la charge raciale. Les divers penseurs comme Césaire, Condé et Crenshaw constituent l’une des principales assises sur lesquelles reposent ses réflexions.
Le livre a été publié en 2020, l’auteure parle des conjonctures opportunes dont elle a bénéficié aux États-Unis dans le milieu universitaire concernant notamment l’enseignement sur les théories raciales. Il importe de noter que cela a eu lieu dans un contexte où on n’avait pas encore passé des lois dans 18 états interdisant ce type de transmission de connaissances. La réflexion de l’autrice issue de la génération X-hip-hop concerne notamment les années 90 jusqu’à 2019. Par ailleurs, le chapitre 3 offre une analyse fort intéressante sur le rap des artistes de l’Hexagone d’origine afro-antillaise et arabe, tout en expliquant comment leur musique porte sur les questions identitaires hybrides pouvant être étudiées dans le milieu universitaire français. L’excellent ouvrage a été traduit un an plus tard sous le titre Black Is the Journey, Africana the Name. Ce livre devrait paraître dans d’autres langues comme l’espagnol, etc. L’autrice2 qui préside depuis 2013 en France l'association Black History Month nous fait un beau cadeau avec son ouvrage en nous transmettant son savoir de manière accessible pour un large public.
Le livre est disponible sur amazon.ca et .fr ainsi qu'au www.fnac.com ----------------------------- 1 Par exemple, l'illilustre Dr Fanon s'est vu refuser son sujet de thèse et a rédigé ses idées dans son classique Peau noire, masques blancs publié aux Éditions du Seuil. Son ouvrage Les damnés de la terre a été mis à l'index en France. On a également refusé le premier sujet de thèse du docte Dr Cheikh Diop en France et il a dû le publier avec le titre Nations nègres et culture. 2 On peut lire sa thèse doctorale à ce lien: http://www.applis.univ-tours.fr/theses/2008/maboula.soumahoro_2088.pdf |





